Mon beau Viking
Faut-il tomber amoureuse des hommes qu'on admire ? Ou n'est-ce pas mieux de prendre leur place finalement, et de devenir ce qu'on aimerait être ? Ou quand Flick Flop chavire pour un beau viking skipper...
Oui, je sais, normalement, le transfert se fait sur son psy...Vous vous rendez régulièrement chez lui, larguez les amarres de la conversation, parlez à bâtons rompus de tout ce que normalement vous ne parlez pas et...au bout d'un moment une dépendance se crée, cela vous fait du bien même et vous tombez amoureuse de votre psy ! Pourquoi ? Parce que grâce à lui, vous vous libérez peu à peu et devenez vous-même. En gros, il représente cette phase de libération et du coup cristallise tous vos sentiments les plus positifs et donc affectueux...Enfin, voilà pour la théorie.
Pour moi, ça n'a jamais marché, je vous avoue. Un type ennuyeux, qui ne parle jamais, enfermé dans un bureau, intello et d'un certain âge, pervers parfois, n'a jamais réussi à déclencher en moi de folles passions, pas même de dépendance. Par contre, un beau viking breton blond, trapu et aux yeux cristallins, qui me fait boire la tasse, oui ! Dans la série « les amours de vacances », je vous propose un classique (oui, je suis tombée dans le piège !) : je suis en total transfert avec mon prof de voile...
Retour en arrière : la semaine dernière, vacances en famille en Bretagne. Sur mes insistances, ma mère m'a trouvé un stage de catamaran à faire tous les matins au centre de voile le plus proche. Je suis aux anges, un de mes vieux rêves se réalise : apprendre la voile, en vue d'un rêvé tour du monde...Il est temps de mettre un pied dans l'eau ! Bref, dès le samedi, je m'inscris. Nous avons affaire à un mono, bien excité, à l'humour douteux mais rigolo au bout du compte ; ce club promet ! Il m'annonce que ce ne sera pas lui mon mono, c'est pas plus mal ! Le stage commence lundi à 9h.
Lundi matin, 8h30, ventre nouée, comme une rentrée des classes, ma mère me conduit. Je suis stressée, j'espère être à la hauteur, que mes rêves ne fassent pas un grand flop face à la réalité de mes incompétences...Bien sûr, il fait froid, pluvieux et venteux (ça, c'est bien !). Nous sommes les premières arrivées, forcément il n'est que 8h30 ! (le mono de samedi nous a fait la blague de nous demander d'arriver à 8h30 pour le premier jour...)
Puis mes futurs collègues arrivent peu à peu...c'est-à-dire des petits de 10-12 ans ! Les monos aussi. Ils m'invitent à prendre un café. Ils ont la gueule de l'emploi, de vieux loups de mer, aux yeux lessivés par l'océan et à la peau cramée par le soleil iodé, j'adore ! Ils sont trois : le mono farceur, un normal et ...celui qui me plaît : plus petit que moi (à la lecture de nos articles, vous pourrez bientôt faire un portrait robot de Lyne et moi !), un peu enveloppé (c'est mon inclinaison pour les biens en chair !), blond, les traits très fins (un nez magnifique !) et des yeux bleus à vous noyer...C'est le viking et c'est mon prof de voile !
Au hasard de la conversation, je saisis qu'il a une copine, anglaise peut-être. Il paraît encore tout épaté du dernier coup qu'elle lui a fait, lui faire conduire une super Austin ou un truc de ce genre...Mmh, mmh, Monsieur aime bien être surpris, j'enregistre.
Et hop, tous à l'eau ! Bon, je vous passe peut-être tous les détails de ce que j'ai appris (vous n'avez peut-être pas la même passion pour la voile !), mais ce qu'on peut dire, c'est que je m'éclate à gréer, border, choquer, virer de bord, etc. Mieux encore : je me sens à l'aise et m'amuse. Le fait que mes coéquipières soient encore des préadolescents ne me gêne en rien, le viking sait si bien gérer l'hétérogénéité du groupe et nous traiter d'une manière égale et respectueuse...Comme vous voyez, je commence mon transfert !
Les jours passent, je sale et désale, chante dans les douches avec mes nouvelles copines de 12 ans et m'enthousiasme pour cette nouvelle passion qui me prend au corps : la voile, la mer ! Tous les matins, je suis prête, j'entends l'appel de ma mer et me réjouis déjà de voir mon beau viking !
Si les deux premiers jours, je fais d'énormes progrès, j'en fais un peu moins ensuite, chavirant plusieurs fois, peut-être un peu trop confiante et un peu déconcentrée...Allez savoir pourquoi ? Un matin, le viking s'excuse auprès de moi de n'avoir pas pu nous dire au revoir la veille, il devait remorquer les navires dans la « tempête ». Oui, c'est vrai, j'aurais bien aimé lui dire au revoir avant de partir rejoindre ma mère qui m'attend dans la voiture à la fin de chaque cours.
Et parce qu'on n'arrête pas le temps, malheureusement le dernier jour approche...Le cours se passe normal, nous prenons un peu de retard pour les retours. A la base, il faut attendre que le viking nous remplisse nos carnets de voile avant de se dire au revoir. Tout le monde repart très vite, nous ne sommes plus que quelques uns. Le viking et mes coéquipiers préférés. Nous plaisantons, les petits essaient de connaître mon âge (20 ans ? oui, oui, si tu veux), mon adresse, etc. Je les intrigue, je crois. Je rigole. Je me demande ce que note le viking dans mon carnet. Je me sens un peu bloquée, ma mère m'attend. C'est un mélange de tristesse et de désir qui m'habite. Tristesse, parce que je sais que c'est la fin, que ni demain ni après-demain, je ne viendrai et, mille million de sabords, qu'est-ce que je vais faire avec ma foutue dépendance ? En même temps, je flotte dans un bien-être, parce que j'y suis encore, qu'il est là aussi et que décidément quelque chose nous traverse...
Puis je décide de faire la grande, de partir parce qu'il faut partir, que les parenthèses des vacances se ferment toujours; et je prends mon courage à deux mains pour dire mon au revoir et mon bon vent ! Un premier essai, je m'attarde encore un peu et puis, je pars, vraiment...Le temps de plonger une dernière fois dans la douceur cristalline des yeux de mon beau viking et c'est fini.
Rien n'a été dit, rien n'a été fait et mon stage est fini. Que vais-je faire ?
Par Flick-Flop, Jeudi 23 Aout 2007 à 18:38 GMT+2 dans Dossiers Classés (article, RSS)




