Les manipulateurs - suite et fin
Dernier article sur la trilogie de mes dernières expériences de manipulation, dont une par celui que je croyais être un homme intelligent...
Goethe était venu seul, sans l'Autre. Apparemment il y avait une autre soirée en parallèle à laquelle l'Autre s'était rendu après un passage éclair au pub pour souhaiter un bon anniversaire à la JS-L.
Après avoir commandé ce qui devait être la énième pinte de la soirée, Goethe prend un tabouret et vient s'immiscer dans mon cercle de conversation. Avec un sourire narquois il me demande :
Goethe: Alors seras-tu des notres demain?
Moi, parodiant à merveille la drama queen: non, car je n'ai pas été invitée, on m'a totalement ignorée!
Goethe, moqueur : vraiment, on t'a ignoré comme ça?
Moi, souriant généreusement: oui, et comme tu peux le voir, je ne m'en suis pas encore remise...
Et pan, dans ta face et dans celle de l'Autre, puisque tu seras son messager ce soir. Je suis persuadée que ces types prennent un malin plaisir à jouer avec les filles afin de faire émerger de frustrations provoquées intentionnellement, je ne sais quels tourments dignes de ceux du jeune Werther. Très peu pour moi, je veux vivre un amour avec un grand A et non une passion avec un P tordu.
Je détourne mon attention de Goethe et continue la conversation que j'avais commencée avec Jana. Finalement, je me dis qu'il serait opportun de la faire partager à Goethe, pour lui faire comprendre une bonne fois pour toute que je ne fais pas partie des écervelées qui ont besoin d'être dominées, de quelque façon que ce soit - physique ou mentale - pour désirer. Moi je désire car on me séduit, et on me séduit avec des gestes simples mais sincères.
Je raconte donc mon histoire d'un paquet surprise, qui m'a été envoyé il y a peu de temps pour la Saint Valentin, par un inconnu vivant à Paris, rencontré via le monde de la blogosphère. Mon récit a attiré l'attention de tous ceux autour de moi, filles et garçons, car c'est bien le genre de chose qui n'arrive que dans les romans, bien malheureusement.
J'avoue en avoir un peu rajouté et embelli la réalité, mais tous les éléments de l'histoire restaient dans la continuité de l'esprit de l'expéditeur de ce colis: désintéressé, et dont le seul plaisir escompté etait celui de l'autre, et c'est bien ça qui plaît! Le fait d'avoir réussi à faire briller les yeux des filles autour de moi et d'attirer l'attention des hommes, interloqués face à notre engouement à toutes pour cette histoire était purement jouissif. De plus, j'ai mis en valeur le romantisme à la française, selon moi le plus beau et le plus élégant, sans compter la satisfaction d'avoir redoré le temps d'un court récit, l'image de mon pays par sa vision parfaite de l'amour et de la séduction, qui bien qu'en péril, est encore largement renommée sur la scène internationale des rencontres.
Finalement, j'ai clos mon show en affirmant que je fantasmais à ce jour et exclusivement, sur l'homme mystérieux qui m'avait fait parvenir ce merveilleux colis.
Et là, Goethe a signé son arrêt de mort en demandant qu'est ce qu'il y avait dans ce paquet à la fin, car je me suis intentionnellement bien gardée, tout au long de ma narration, de le révéler.
Il ne pouvait plus me faire plaisir par cette question, car je l'attendais.
Avec un sourire narquois, cette fois de ma part, je l'ai achevé avec la réponse qui suit, accompagnée d'un regard trahissant un étonnement et une déception parfaitement feints :
Le contenu n'avait aucune importance...
Il a fini sa bière cul sec et peu de temps après, a quitté le pub sans dire au revoir.
J'avais eu ma revanche, et je n'en étais pas peu fière car cette soirée avait mis un point final à toutes mes expériences passées de manipulation, où avec mon cœur pur, je vivais tout cela de façon très émotive et passait pour une naïve aux yeux de ces pervers qui au fond, n'étaient pas si intelligents que cela.
Mes doutes sur toute cette histoire me furent confirmés quand, sur le chemin du retour chez nous, la JS-L me fait partager son regret sur mon absence le lendemain, à la fête de l'Autre. Je lui dis qu'il n'avait qu'à simplement m'inviter comme il l'a fait avec les autres, et voilà tout. Dans un demi coma éthylique, elle m'avoue qu'il a du y avoir un quiproquo dans le fait que l'Autre ne m'avait pas fait parvenir l'invitation directement mais à elle, supposant probablement que nous viendrions ensemble. Et non ma belle, c'est plus compliqué que ça pensais-je, maintenant je savais de façon certaine qu'il ne m'a jamais rien envoyé, comme je m'en doutais depuis le départ, et que sa mise en scène la semaine précédente avec le renvoi du mail et sa grande désolation n'étaient que du vent. J'étais encore plus contente car j'avais gagné sur toute la ligne, sur mes intuitions qui étaient toujours exactes, et sur ma façon d'avoir désamorcé uns à uns, les pièges de soumission librement consentie de ce manipulateur, malheureusement pour lui, plus assez intelligent pour moi.
À partir d'aujourd'hui, j'en ferai de même avec tous les autres manipulateurs, que ce soit dans la vie privée ou professionnelle, qu'ils soient hommes ou femmes, car certaines de ces dernières sont aussi expertes en la matière. Je ferai dorénavant tout pour casser la manipulation dès que je la détecte, mais toujours en douceur et élégamment, car c'est ainsi que ça cogne le mieux de l'autre coté.
Mais contre manipuler c'est tout un art et ça s'apprend...et vous, comment vous y prenez vous avec ces parasites?
Par Lyne Achevez, Dimanche 23 Mars 2008 à 23:40 GMT+2 dans Dossiers Classés (article, RSS)




