Boomerang
Le boomerang c'est un objet, on a beau le balancer, il vous revient toujours dans la tronche. Et au plus vous le lancez fort et loin, au plus il vous reviendra vite et vigoureusement. Et bien il y a un type comme ça que je connais, qui ne pouvait pas avoir un autre surnom que Boomerang et que je vais vous présenter ci-dessous
Boomerang a été mon premier copain d'école. Je ne sais pas pourquoi, on s'est entendu très vite très bien ensemble. Ça venait peut-être du fait que j'étais une petite rigolote qui ne cherchait qu'à s'amuser, et lui aussi. Mon coté garçon manqué me valait l'antipathie de la quasi majorité des filles, que je trouvais de toute façon bêtes et inintéressantes. Mon coté première de la classe, quant à lui, me valait l'aversion des baudets et cas sociaux en tout genre, ce qui en somme revenait à quasiment tout le monde, sauf Boomerang.
Avec Boomerang j'avais le copain parfait : on rigolait bien, on jouait tantôt à des jeux de garçons, tantôt à des jeux de filles, il m'aidait à porter mon cartable toujours trop lourd, m'aidait à boutonner mon manteau ou à le zipper quand je n'y arrivais pas et était toujours prêt à faire les bêtises que je lui demandais pour me faire rire. Pour ne rien gâcher, il habitait à coté de chez moi, donc on rentrait de l'école ensemble, et on pouvait se voir même après le gouter et les week-ends.
Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Arrivés au collège, Boomerang a commencé à trainer plus avec les mecs « cools » et forcément, moi je n'étais pas une fille avec laquelle il fallait trop s'afficher. Il continuait donc à venir me voir chez moi, un peu en secret après les cours jusqu'au jour où mon père a commencé à se poser des questions sur notre promiscuité et m'a, du jour au lendemain, interdit de le revoir.
Gros choc pour moi qui n'avais pas beaucoup d'autres amis, mis à part mes voisines de quartier avec qui j'avais beaucoup moins d'atomes crochus. Mon coté petite fille sage et obéissante n'ayant pas osé se rebeller, j'ai du donc annoncer la nouvelle à Boomerang, un soir où il venait me voir pour discuter sur le pas de la porte, comme d'habitude.
Il a été très étonné et a demandé pourquoi, moi-même je ne savais pas, enfin je me doutais de ce que mon père craignait : j'approchais la douzaine d'années et potentiellement, la moindre « bêtise » pourrait nous ramener un nouveau membre dans la famille, pas tout à fait désiré. Je me sentais gênée d'en parler à Boomerang, car je n'avais alors encore jamais même embrassé un garçon, et la sexualité me paraissait loin devant, même si j'en entendais parler un peu partout dans la cours du collège.
Furieux de ne pas avoir d'explication, Boomerang a insulté mon père et m'a dit qu'il lui casserait un jour la figure. Puis il s'est calmé, et m'a dit :
B : Mais avec qui je vais trainer maintenant?
L : ben ya l'Idalgo, tu le vois déjà au collège et vous vous entendez bien...
B : oui mais c'est pas pareil...je prefère être avec toi...
Et pour moi c'était malheureusement pareil. Ma gorge s'est sérrée et je lui ai dit que je devais rentrer, sinon je me ferais disputer. Il est alors parti, j'ai fermé ma porte, et j'ai cru ce jour là que j'allais mourir de peine. J'ai passé ma nuit à pleurer toutes les larmes de mon corps en me disant qu'un jour, quand on sera grand, Boomerang et moi, on sera de nouveau ensemble. Et j'ai pris ainsi mon mal en patience.
Le temps a passé et finalement, Boomerang s'accommodait bien de ne plus me parler. Traîner avec les idiots du quartier l'avait rendu apparemment lui aussi, idiot. Il était devenu par ailleurs un très beau garçon, coqueluche de toutes les filles et de ce fait, ne m'adressait plus la parole, sauf pour me demander de recopier les devoirs qu'il n'avait pas fait.
En plus, mentalité collège oblige, dès qu'on nous voyait ensemble, c'était « ah mais Lyne elle veut sortir avec Boomerang c'est pour ça qu'elle lui file ses devoirs » et une idiote n'a eu rien de mieux à faire que d'aller lui demander cash s'il voulait sortir avec moi.
La honte! J'étais à l'époque le vilain petit canard du collège et forcément, je connaissais d'avance la réponse qui n'allait que m'enfoncer sans mon statut d'indésirable têtard du premier rang, surtout que je n'avais rien demandé!
Le cauchemar du collège passé, nous sommes allés au Lycée. Et là, on a complètement perdu contact. Il était forcément parmi les plus populaires et s'est très vite trouvé une blonde bien roulée qui lui a mis le grappin dessus. Boomerang a commencé alors tout ce qui va avec la vie de jeune lycéen nonchalent : fumette, sexe et alcool. Bref, il avait tout pour lui et tout allait dans ce sens, du moins c'est l'image qu'il en donnait. À mes yeux, il était devenu trop superficiel et le Boomerang de mon enfance était mort, donc plus de raison de s'intéresser à lui.
Mon Bac en poche c'était ma nouvelle vie qui commençait. J'ai pris une chambre étudiante, et j'ai commencé à gérer mon propre budget, et donc à m'acheter les vêtements que je voulais, le maquillage que je voulais et tout le toutim. Je me suis offerte un nouveau look, totalement en opposition avec la Lyne d'avant : féminine et à présent plus intéressée par les hommes que par les bouquins. J'avais un eu un peu de retard en la matière et je comptais bien me rattraper... ce qui fût chose faite assez rapidement. Combien ne fut-je pas flattée que ma transformation m'apporta le succès escompté avec le plus beau garçon de ma promo. Ça alors, chouette la nouvelle vie de Lyne!
Plus le temps passait plus ma vie était parfaite, avec mes études parfaites, mon look parfait, un copain parfait et un avenir, tout ce qui semblait de plus parfait. Toutefois, il est arrivé un moment où j'ai comme senti que cela ne me suffisait plus, car en fait je réalisais que j'étais en train de devenir superficielle.
En parralèlle, je revoyais épisodiquement Boomerang, mais bizarrement, toujours à des moments clés. C'était toujours quand je me posais des questions ou que je rencontrais des obstacles que je tombais sur lui, au détour d'une rue, dans un train, dans un bar... et ce depuis près de 10 ans, d'où son surnom Boomerang.
À chaque fois qu'on se croisait, on avait plaisir à se revoir et à prendre des nouvelles l'un de l'autre, puis chacun repartait à sa petite vie.
Un jour, on s'est retrouvé nez à nez, un après midi près du pub Oh! cha non!, et on a naturellement décidé d'aller se prendre un verre. On était tous les deux mal en point et on avait envie de parler de choses profondes qui nous rongeaient, mais à quelqu'un qui nous comprendrait. On sortait tous deux d'une rupture difficile, d'une remise en question totale de notre vie et tout nous semblait secondaire.
Et on a commencé à parler de nos idéaux, de nos pensées diverses puis de philosophie et j'ai été extrêmement étonnée d'apprendre quel genre de livres Boomerang lisait et quelle curiosité de tout il avait. Nous n'en revenions pas d'avoir lu des livres en communs, eu des pensées communes et à plusieurs reprises de s'être l'un et l'autre, ôté les mots de la bouche. Nos visages avaient retrouvé un semblant de sourire et mon cœur quant à lui, s'est arrêté de battre un instant: j'avais l'impression d'être assise dans ce pub, quinze ans après notre rencontre, auprès du même garçonnet étonnant que celui que j'avais connu sur les bancs de l'école Michelet. Même s'il semblait moins pétillant et avait le blues, était-il toujours vivant, celui que je croyais mort depuis longtemps, par la stupidité de l'adolescence?
Nous sommes ainsi restés ensemble toute l'après midi, puis toute la soirée, puis finalement, toute la nuit...
Quel sera l'épilogue de l'histoire avec Boomerang?
Par Lyne Achevez, Lundi 24 Mars 2008 à 16:17 GMT+2 dans Dossiers Délicats (article, RSS)




