Boomerang - 2
Et comme disait Joe Dassin, on n'a même pas pensé à s'embrasser. Et oui désolée pour la chute, mais le titre de ce blog, c'est par pour rien!
En fait on avait juste envie, que dis-je besoin de parler, de raisonner ensemble, et de partager ce plaisir de trouver quelqu'un avec qui on peut parler de choses que tant d'autres trouvent prise de tête.
De plus, il a comme un lien asexué entre Boomerang et moi. Comme on a été quasiment comme frère et soeur durant notre enfance, on ne voyait pas uniquement l'autre sous le prisme de notre regard d'adulte, mais aussi celui de l,enfant qui est resté en nous.
Finalement, il m'a demandé mon numéro de téléphone et m'a sagement raccompagné chez moi.
Puis le temps a encore passé, dans notre bourgade on disait qu'il passait de filles en filles, qu'il les trompait, qu'il retournait avec elles, puis ça recassait, bref les feux de l'amour. Il ne m'avait jamais donné de nouvelles, alors je n'ai pas cherché à lui en donner non plus.
Et puis, je n'en pouvais plus de cette région, et voyais mon salut à Londres, loin de mon ex, du chômage et de la banalité. En quelques mois de recherches poussées, je me suis retrouvée dans la capitale Britannique, et une nouvelle vie a commencé.
Parmi les rares fois où je suis revenue en France, j'ai eu l'occasion de retomber sur Boomerang à plusieurs reprises. Pareil, on allait prendre un verre pour discuter, mais je remarquais que son attitude était à chaque fois un peu plus déstructurée et ambiguë.
Un jour, alors qu'on s'est revu après qu'une de ses ex l'ai quasiment jetée à la porte de chez lui, il a commencé à faire des allusions bizarres. Il a dit qu'il se rendait compte qu'il est toujours sorti avec des filles belles mais pas intelligentes et que c'est pourquoi ça ne marchait jamais. Et qu'il devrait arrêter de regarder les belles filles et plutôt sortir avec une fille comme... moi!
Et paf dans tes dents Lyne! Je ne sais pas lequel entre mon étonnement ou mon envie de rire a été la plus forte, mais clairement, je me suis dit « mais qu'est ce qu'il me sort là lui »???
En gros, bien qu'il en pensait le contraire c'était pas subtil pour un sou son speech, « oui moi Boomerang le bel, j'en ai un peu marre des bimbos, je crois qu'il faut que je résigne à des laiderons intello de ton genre »
Heureusement que ma confiance en moi était inébranlable sinon, j'aurais pu être carrément véxée! J'ai donc détourné la conversation en disant qu'il y a plein de filles jolies et intelligentes aussi, et qu'il devrait peut-être chercher sa future copine dans des cercles autres que Miss Auchan Noyelles Godault.
Et là il en rajoute une couche, me disant que son père lui a souvent demandé pourquoi il ne m'a jamais épousé. Là j'ai failli recracher dans mon verre. Mais il délire complètement ou quoi? Quand bien même son père lui aurait dis ça, qu'est qu'il s'attendait à ce que je lui réponde? Ah ouais, bonne idée allez tirons nous direct à Las Vegas.
Oulalah, ça sentait la manipulation de base, et j'aime pas ça...
Il avait commencé à rouler un pet, et j'étais curieuse de savoir ce que ça me ferait de me taper un délire fumette avec Boomerang, donc je décide de rester encore un peu.
Et bien c'était sympa, enfin pour moi, car ce qui s'est avéré être sa réflexion philosophique était à mon sens un tissu d'élucubrations grotesques du niveau de Steevy Boulet, plaçant ici et là un bon mot de vocabulaire dont l'emploi n'était nullement justifié. Les fous rires incontrôlables que j'ai eu, j'ai heureusement pu les mettre sur le dos de l'excellente beu qu'il nous avait ramené là. Puis, le même rituel que d'habitude, il me raccompagne gentiment et me demande mon numéro de téléphone
Boomerang, ça fait 10 ans que j'ai le même numéro et à peu près 10 fois que tu me le redemande...
Et soudain il l'a retrouvé...il était pas sûr
Enfin, notre dernière rencontre, il y a une dizaine de jours, a été la cerise sur le gateau, si on peut la qualifier de la sorte, car il m'a sorti le grand jeu : alors q'on était au boléro avec les frères lumière et mister T, il m'a prise soudainement dehors, limite par la main et m'a joué en live le rôle du célibataire malheureux, trahi par son ex qui continuait à le texter alors qu'elle se faisait prendre, dans un chalet à Megève, par un cocaïnomane (il a oublié de me préciser que ce type était son partenaire de soirées défonce en tout genre depuis un bon nombre d'années, mais bon...)
Son discours était saccadé, incohérent et je savais bien que le lendemain que dis-je dans quelques heures, il ferait le même speech à une autre. En même temps il souffrait, et ça se voyait, mais je ne pouvais rien faire pour l'aider, surtout qu'il avait essayé de me manipuler (et oui lui aussi, décidément...) pour arriver à ses fins : savoir qu'il est toujours capable de séduire.
Car pour avoir réfléchi à son cas, je pense que Boomerang souffre du complexe du Casanova. Il a besoin maladivement de plaire aux femmes et de sentir qu'elles l'aiment, en leur faisant croire à toutes qu'elles sont uniques, et toutes ses ex sont tombées dans le panneau, jusqu'à ce qu'elles s'en rendent compte que chaque fille qu'il rencontrait était unique, elle aussi.
Il m'a donc fait sa scène et je lui ai conseillé de faire une pause entre chaque relation pour faire le deuil et réfléchir à ce qu'il souhaiterait pour l'avenir. Et là il me dit que personne ne le connaît, que les gens parlent sur lui, mais c'est faux, il est romantique, il est aimant, généreux et ne veux que rendre la femme de sa vie la plus heureuse. Il va même jusqu'à me dire, me fixant dans les yeux: même toi tu ne me connais pas, mais tu pourrais ...
Olalah, j'étais devant le Boléro avec trois types fumant une cigarette et ayant assisté à la scène digne d'un série AB prod, qui commencent à lancer des commentaires tout haut, mort de rire :
« Ouais mamzelle, le mec là, il veut te dire clairement qu'il te kiffe là »
Je ne savais plus où me mettre, donc une fois de plus je désamorce la situation, lui disant que par ici les gens parlent beaucoup pour ne rien dire et que dans ce cas, il ferait mieux de partir loin de tout ça recommencer une vie nouvelle. Et là ses yeux brillent.
Boomerang : mais TOUT à FAIT, je suis trop un amoureux de la biosphère et je vais me casser dans les îles, ouais! Putain Lyne, tu me comprends trop bien, embrasse moi!
Et là j'ai eu juste le temps de lui tendre ma joue puis lui dire qu'il faisait froid et qu'il fallait rentrer à nouveau dans le bar. Pfiew!! Je l'ai échappé belle...
J'étais morte de rire intérieurement, personne n'avait jamais encore osé me faire un tel sketch, et mon estime pour lui a pour de bon passé sous le zéro. Comment pouvait-il une seule seconde croire que j'allais avaler un tel bobars? Pourquoi les hommes ont cette tendance à me prendre pour une imbécile? Et bien non, je vois clair dans votre jeu, messieurs!
Une fois dedans, il revient me voir et me chuchote à l'oreille : Lyne, file moi ton numéro, faut vraiment qu'on se revoit avant que tu partes.
Et là, il m'a quand même limite énervé.
Lyne : Mais tu l'as mon numéro enfin Boom', à chaque fois tu me fais le même coup!
Boomerang : ouais... mais j'ai essayé d'appeler 5 fois déjà et ça sonne indisponible
Lyne : Ben t'es bien le seul à qui ça arrive...
Sans un mot il retourne sur sa chaise, et au bout de quelques minutes, je le vois s'essuyer ses yeux. Oh non alors... mais qu'est ce qu'il lui arrive?
Il prend son verre, le fini cul sec, dit rapidement au revoir à tout le monde (sauf moi) et s'en va.
Et là j'avoue, j'ai eu mal au cœur. Peut-être ais-je été trop dure avec lui, mais en même temps il s'attendait à quoi? Mon frère qui avait assisté à la scène était le meilleur conseiller : il connaît Boomerang depuis des années et a suivi de près ses péripéties. Une fois rentrée, je partage avec lui ce que j'ai sur le cœur.
Aristote : Bien sûr que non t'as pas été trop dure, au contraire t'as bien fait de l'envoyer chier, c'est sa technique pour emballer les filles, de faire un show émotif. En ce qui concerne ton numéro, c'est possible qu'il se souvienne pas de l'avoir, la drogue qu'il s'est pris dans la tête tout ce temps lui a foutu en l'air sa mémoire et tout le reste. Il est complètement détruit ce type...
J'étais soulagée de m'être bien comportée, mais depuis je ressens quand même une tristesse dans mon cœur pour Boomerang, qui avait tout pour réussir, et est aujourd'hui un déchet de la société, malheureux et au bord de la dépression. Enfant, je ne l'aurais jamais imaginé dans un état aussi pitoyable en tant qu'adulte. Voir des gens dans un état décadent qu'on a pas connu avant ça passe, mais voire la déchéance année après années, c'est dur...
Cet article c'est un playdoyer contre les prises incontrolées de drogue et d'alcool chez les jeunes, menant à un gachis irréversible tel que celui chez Boomerang, mais c'est aussi et encore un cou de gueule contre ces manipulateurs à cervelle étriquées :
Avant de manipuler, soyez un minimum intelligents!
Par Lyne Achevez, Lundi 24 Mars 2008 à 23:54 GMT+2 dans Dossiers Délicats (article, RSS)




