Mauvais poil
Ce matin j'étais d'une humeur exécrable, et c'est marrant comme on a plein de pensées sur tout et rien quand on est de mauvais poil, ça nous permet même de réaliser certaines choses. Zoom sur mes considérations philosophiques ou pas, sous l'effet de mes secretions chimiques à moi:
Aujoud'hui au bureau, c'était une journée importante, car on recevait la visite de quelqu'un... d'important. Notre patron nous a donc demandé de nous habiller très classique : pas de jeans, ni de baskets, chemise de rigueur et arriver tous avant 9h.
Je savais donc que je devais me lever tôt, très tôt, d'autant plus qu'on est passé en heure d'été le week-end dernier.
Je me réveille donc à 6h, forcément, il fait nuit : l'horreur. Déjà, je sens que je ne suis pas dans mon état normal. Me coucher quand il fait noir, pas de problème, en revanche me lever et voir rien d'autre que la lune, c'est contre nature et ça me chamboule. Je me traîne à la salle de bain, tant bien que mal et prends ma douche. Et là, ça m'a saoulé direct car ça a pris trop de temps (trois shampoings) pour nettoyer mes cheveux du masque à la moelle que j'ai appliqué la veille pour traiter mes cheveux désséchés.
NB : oui ça c'est un de mes gros problèmes à Londres : l'eau chargée en calcaire qui me donne des cheveux pailleux ainsi qu'une peau sèche et propice aux allergies. Je commence donc à penser à mon proprio qui devait aménager un filtre à calcaire dans l'appart depuis quelque temps et qui ne se presse pas, l'enfoiré, alors que moi je galère avec cette eau qui agresse mon corps chaque jour un peu plus. Quand se laver n'est plus un plaisir, il y a urgence à agir.
Sortie de la douche, c'est le rinçage à l'eau minérale avec une pincée de vinaigre. Et oui, en attendant j'ai trouvé que ça pour compenser les effets désastreux de cette eau calcaire...et ça marche à peu près, mais c'est galère.
Ensuite vient l'habillage, forcément, bien que j'avais repassé ma chemise, une fois mise, je me rends compte qu'il ya un pli, donc j'enlève tout et je sors le fer à repasser. La table est en bas, tant pis, je prends le bureau, ya qu'un coin à refaire. Il faut faire attention toutefois car un seul faux pli, et ce sera pire que mieux! La pression monte, allez c'est bon on arrête là et on l'enfile, avec un gilet par dessus comme ça, on cache les autres imperfections.
Suivant? Les cheveux. Ben tiens, malgré le masque et l'eau minérale, c'est quand même de la paille, zut, et au lieu d'onduler joliment, ça fait des grosses touffes allant dans tous les sens. Va falloir tout raidir pour que ça ne fasse pas trop tignasse en chantier. Et là je pense à mon dernier coiffeur, l'enfoiré aussi, je lui ai pourtant dit de désaipaissir encore là et là, mais non, ça fait trop de boulot bien sûr, il faut faire des brushing pour donner forme aux cheveux de toute façon, c'est bien connu. Cette excuse de coiffeur fainéant qui ne sait pas ou ne veut pas couper convenablement les cheveux je connais. Son argumentation a autant de poids que celle du gars qui me dirait qu'on ne peut pas sentir bon sans parfum, et qui en profite pour pas se laver.
Bref, pour illustrer mon infortune avec les coiffeurs, je ne suis retournée que deux fois dans ma vie chez le même, absolument fantastique, et puis plus jamais après simplement car elle était basée au Canada, et moi j'étais revenue en France. Cette femme a su me couper les cheveux, en vrai professionnelle, prenant le temps de regarder leur texture, leur mouvement et après six mois de repousse, ils étaient encore plus beaux, se plaçant parfaitement et sans aucune intervention de ma part, un vrai bonheur...
Bref, après avoir repassé ma chemise, me voilà à repasser mes cheveux avec ces fers lissants qui les abiment encore d'avantage mais qu'on est obligé d'utiliser sinon on ressemble à un fragglerock : cercle vicieux dont il est difficile de s'en sortir.
Enfin je passe au maquillage, mais je vois qu'il est déjà 8h, purée 2h pour se préparer, et encore j'ai pas fini, j'y crois pas! Je pense alors à toutes ces filles qui font ça tous les matins. Chaque jour, elles passent 1h au moins dans la salle de bain, entre leurs cheveux, leur soins de peau, leur maquillage et ensuite la garde robe. Mais comment font-elles pour ne pas devenir cinglés??? En plus les vraies business woman elles commencent tôt, comme le prouve cet email que je reçois sur mon tel portable de travail : 8h07 une cliente me réclame de lui renvoyer une facture avec les modifications requises. Là je me dis waouw, ces business woman là elles doivent vraiment passer plein de temps à leur taff, et le reste, probablement à se préparer à y aller ou à s'en reposer. Mais où trouve-t-on le temps aujourd'hui quand on est une femme active, de se cultiver, si on veut être également coquette? Et bien j'ai l'impression que c'est pas trop possible en fait. Et là ça rajoute une couche à ma mauvaise humeur, la société actuelle est en train de détruire la féminité absolue, à savoir la femme qui prends à la fois soin de son corps et de son esprit. Avec le temps qu'on passe au travail, on ne peut pas vraiment à la fois être coquette et se cultiver, à moins d'avoir besoin que de 5h de sommeil par nuit, ce qui est loin d'être mon cas. Sans compter que me viens à l'esprit soudainement d'éventuels enfants à charge... ouais, c'est même pas imaginable en fait. Je commence alors à vraiment à me demander si je suis née pour vivre en occident finalement...et si mes valeurs venaient d'ailleurs?
Je quitte donc l'appart en hâte puisque je ne suis pas en avance et trotte vers l'arrêt de bus avec ma jupe pas très pratique pour greluche en retard.
Je traverse la route quand je le vois arriver, mon bus, Zut, j'espère ne pas le rater! Je cours derrière comme je peux avec ma working jupe, il s'arrête et des gens montent. Certains ont vus que je courrais, ils vont peut-être dire au chauffeur de m'attendre... penses tu!
Bienvenu dans le monde égoïste des transports en commun. Le bus démarre et j'insulte les passagers dans ma tête. Oui c'est comme ça que ça se passe ici, quand les portes s'ouvrent on fonce pour entrer, mais une fois dedans, on se fiche bien des autres. Je me suis retrouvée plusieurs fois à demander au gens de monter à l'étage car c'est tout le temps à moitié vide et alors que des pans entiers de flans stagnent en bas, faisant que quand le bus parait plein, ben le chauffeur s'arrête même pas pour d'autres qui attendent et qui sont vert car ils voient qu'en haut c'est vide! Trop injuste et trop pas civique. Bon, ça commence à bien faire toutes ces pensées négatives, je vais arriver survoltée au bureau et c'est bien la dernière chose à faire. Essayons d'être Zen...
Voilà un autre bus, ouf je monte. Pas de pot, deux arrêts après il stoppe net et nous fait tous descendre. Décidément! je lui demande un ticket de transfert afin de ne pas repayer un trajet qui devait me mener à ma destination et le type refuse. J'ai vu rouge, surtout que ça ne lui coûte rien d'appuyer sur un bouton et faire sortir un bout de papier. De mon coté je ne suis pas à un pound près, mais la radinerie sans motif, c'est encore pire que tout.
Finalement après trois bus, je suis arrivée au taff même un peu en avance, et j'ai été rassurée de voir que je n'étais pas la seule à avoir une sale tronche de lundi matin, levé tôt avec une heure de sommeil en moins.
Au final, avec la journée et un bon thé au lait, accompagné de compliments visuels et verbaux sur ma tenue, ma mauvaise humeur s'est dissipée, mais ça m'a fait rendre compte de quelque chose d'essentiel : ça va bien pour un moment, mais je ne vais pas rester business woman toute ma vie, oh ça non...
Il faut que je commence maintenant à penser à un projet de vie alternatif
Par Lyne Achevez, Lundi 31 Mars 2008 à 21:53 GMT+2 dans Pièces Annexes (article, RSS)





