Messieurs, à vos CV!
Dernièrement ma motivation au travail est assez basse, pour preuve, hier j'ai passé l'après midi à rédiger mon article soumission vs abandon. Toutefois, c'est drôle de constater qu'au moins je travaille, au plus je pense. Ces dernières semaines ont été si fructueuses pour le blog pour la simple et bonne raison que je me suis justement désinvestie de ma boîte. Cela confirme bien le fait que mon job ne me faisait pas avancer bien loin intellectuellement parlant. Il y a déjà quelque temps de cela je me rendais compte qu'il me prenait tout : mon temps, ma réflexion, mes valeurs, et ma féminité. Ça fait beaucoup quand même quand on y regarde bien, et tout cela pourquoi? Oui j'apprenais des choses, je flattais mon égo quelquefois avec des belles ventes, mais je me prenais aussi des sacrés claques en cas de refus. Et puis est-ce que ça m'aide à construire ma vie? Pas vraiment.
Donc j'en ai eu assez et j'ai commencé à rêver d'un travail où je serais stimulée intellectuellement, entourée de gens qui ont les mêmes aspirations que moi et qui me tirent vers le haut, pas des gens qui extirpent toute substance qu'ils peuvent trouver en vous avant de vous jeter. Mon patron est un des pires exemples du capitaliste effronté, sans aucune éthique et je ne peux plus le voir. J'ai donc repensé à mon expérience en université à Montréal, où je ne me suis jamais aussi bien sentie de toute ma vie, en fait, c'étais parce que je ne me sentais pas travailler. J'ai toujours voulu y revenir, à l'université mais je ne pouvais pas, j'étais trop jeune, je n'avais pas assez d'expérience. Mais maintenant que j'ai presque 5 ans derrière moi dont 3 en Angleterre, je pourrais peut-être tenter ma chance dans un de ces College qui me font rêver...?
Alors ce matin en me réveillant, j'ai pensé qu'il était grand temps de bouger de là, avant qu'eux ne me bougent. Ma mini-déprime ces derniers mois je l'ai bien analysée, elle est causée par mon travail. Car mon manque de motivation ne vient pas de moi, mais des misérables incompétents avec qui je travaille. Et c'est incroyable comme les incompétents sont exigeants. Forcément, comme ils ne savent rien faire, ils attendent tout de vous. Ça va un moment, mais on a tous une réserve d'énergie et à force de puiser dedans, il ne reste plus grand-chose. Alors moi j'ai envie de dire bye-bye à ces vampires énergétiques, et ce, sans plus perdre de temps.
J'allume donc mon ordinateur et me rends sur un portail d'offre d'emplois académiques. Il y a pas mal de choix, même si dans mon secteur c'est limité. Au hasard j'ouvre une description d'offre qui m'amène vers un document word assez consistant. Là, je vois une présentation complète du département, des gens qui y travaillent, du projet, de la mission du job au sein du projet avec pour terminer, une matrice récapitulant les points essentiels et désirables chez le candidat.
Waouw, ça c'est du pro! J'étais épatée et ça m'a donné envie de postuler. Sauf que voilà, 7 pages de présentations sur eux ça laissait deviner au moins tout autant sur nous. Et c'est bien ce que je pressentais : 5 pages à remplir d'infos en tout genre, mais c'est normal, il faut être motivé et se présenter correctement pour ne pas perdre de temps des deux cotés. Donc ça m'a plutôt encouragé à postuler et j'étais toute contente.
En revanche, deux points m'ont parus étranges. Avant, il me semblait que l'on précisait nos expériences professionnelles, de la plus récente à la plus ancienne qu'on y soit toujours ou pas. Sauf que comme c'est présenté dans ce formulaire, l'accent est clairement mis sur l'expérience du moment et la boîte actuelle. Et ça m'a fait penser à ce que mon ancienne collègue de travail m'avait dit il y a quelque temps que si j'ai un boulot, j'en trouverais un autre plus facilement que si je n'en avais pas.
Je ne l'ai pas trop cru à l'époque car il me semble plus logique de recruter quelqu'un qui es libre tout de suite, plutôt que quelqu'un qui est en poste. Sauf que non, et la preuve, mon super boss qui me dit qu'il veut recruter un nouveau collaborateur dans l'urgence mais qu'il faudra attendre au moins deux à trois mois. Innocente, je lui demande:
Lyne: mais pourquoi, il te faudra tout ce temps pour te décider?
Metrosamuel: enfin non Lyne, voyons il faut bien compter un mois pour trouver le candidat et un mois aussi pour son préavis
Lyne: ben tu veux pas envisager de recruter quelqu'un déjà sur le marché plutôt?
MétroSamuel: hors de question, ça m'intéresse pas!
Enfin ça c'est du grand MétroSamuel, les deux derniers vendeurs qu'il a débauché à prix d'or n'ont rien vendu et ont participé au fait que notre boite coule à pic. Mais apparemment, ça ne lui a pas servi de leçon... quel idiot vraiment.
Le second point, c'est que parmi les références, ils demandent l'employeur actuel. Alors ça, c'est quand même incroyable! Ils ne vont tout de même pas appeler mon boss pour lui demander s'il leur conseillerait de me débaucher! Heureusement, il y avait la possibilité de cocher la case « ne pas contacter mon employeur actuel »Encore heureux! Mais jusqu'au bout je ne comprends pas, ça doit encore venir de mon coté old school... décidément celui là...
Moi quand je travaille, je travaille jusqu'au bout et je préfère me faire licencier ou terminer mon contrat plutôt que de partir à la dérobade, improprement un peu à la façon « après moi le déluge », car au moins, j'aurais été jusqu'au bout avant de passer à autre chose . Pourtant j'en ai vu des rats quitter le navire, laissant derrière eux un lot de cadavres dans le placard que nous nous sommes farcis à nettoyer, tant bien que mal en plus de nos tâches respectives.
En outre, si je ne suis pas heureuse dans mon travail, je dois savoir pourquoi, donc prendre le temps d'analyser les raisons et planifier une série d'actions correctives. Cela peut passer par la formation, la recherche documentaire... et souvent cette étape est difficilement compatible avec le fait d'être en poste, car cela prend beaucoup de temps, surtout la recherche d'emploi qui est un job à plein temps, quand on veut bien la faire.
Donc idéalement j'arrête de travailler, je me repose un peu pour faire le vide, puis je commence à reconstruire un plan de carrière avec les actions qui vont avec et enfin, je cherche un nouveau travail, une fois que je suis prête et je sais ce que je veux.
Sauf que ce n'est pas comme ça que ça se passe. Aujourd'hui, il faut passer de poste en poste, tant qu'on est en poste sinon on devient un de ces ‘lépreux' de chômeurs. En plus le coût exorbitant de l'immobilier nous forçant à emprunter sur au moins 30 ans nous oblige à rester agrippé à n'importe quel job, pour payer les mensualités de remboursement. Quelle horreur, je n'ai vraiment pas envie de ça...
Mais ce qui me dérange vraiment, c'est que même quelqu'un sans prêt, sans obligation financière comme moi ne peut plus se passer aujourd'hui de travailler ne serait-ce pour un court laps de temps. En effet, même si je pouvais subvenir à mes besoins pendant quelques mois, et ne serais nullement un poids pour la société, je serais grillée sur les formulaires de candidature car je n'ai rien dans la case emploi actuel. Et ça j'aime pas non plus...
Donc il y a bien une dictature sur le marché de l'emploi. On parle d'équal opportunities pour l'origine ethnique, le sexe, la religion et j'en passe mais à même niveau de compétences, celui en poste aura un avantage sur celui au chômage et personne ne s'indigne de ça. Pour moi c'est clairement une discrimination inacceptable car au-delà des impératifs financiers, c'est des impératifs temporels qui nous tombent sur le coin du nez. On ne peut pas se permettre de ne pas travailler car c'est pas bien, olalah! c'est mal. Mais qui a inventé cette connerie? Et pourquoi le travail devrait passer par une entreprise? Que fait-on du travail sur soi?
Enfin, la voici l'analogie que j'ai faite entre la vie sentimentale et la vie professionnelle: cet épisode avant-hier avec Picou m'a fait réaliser que les gens se comportent vraiment de plus en plus dans leur vie privée comme dans le monde professionnel, chose que je trouve malsaine. Pas question de ne pas être en couple, si ça ne va plus, trouvons nous quelqu'un d'autre. Et comment trouver quelqu'un de mieux si on n'a pas pris le temps de réfléchir pourquoi cette fois ça n'a pas marché? Et puis en assurant le suivi on n'a pas besoin d'être courageux, et d'aller jusqu'au bout de la relation pour la finir proprement, ou peut-être la sauver...?
En ce qui concerne le CV avec les références, ça en revanche, on ne l'utilise pas dans la vie privée comme par hasard, ça ne serait pas « romantique » alors que justement, je pense que ça remettrait un peu les pendules à l'heure à certains.
Donc tant qu'à être ridicule allons y carrément:
Messieurs si vous êtes en couple vous m'intéressez plus que si vous êtes célibataire (ne me demandez pas pourquoi c'est comme ça, c'est plus excitant), mais vous pouvez être noir, jaune ou blanc, chauve, petit ou autre, ça m'est égal car je suis extrêmement ouverte et tolérante. Enfin tout de même, si vous avez plus d'un an de célibat il y a un problème, et je vous préviens, je jette votre CV direct à la poubelle. Ensuite, je veux 3 références de relations précédentes dont la présente en date, merci de me préciser si vous ne souhaitez pas que je la contacte. Bien sûr je veux toutefois ses coordonnées directes en cas de besoin pendant votre période d'essai. Et puis vous pouvez me dire pourquoi vous cherchez une copine exactement ? Qu'est ce qui n'a pas marché avant et comment envisagez vous de contribuer à mon bien-être?
Voilà! quelqu'un se sent-il franchement l'envie de m'inviter à un rendez vous galant? lol
Par Lyne Achevez, Samedi 19 Avr 2008 à 14:57 GMT+2 dans Accueil (article, RSS)





