Le culot des hommes mariés
Je ne pensais jamais que cela m’arriverait un jour, mais force est de constater qu’ils seront statistiquement de plus en plus présents dans ma vie vu que plus j’avance en âge, moins il y a de célibataires, surtout chez les hommes. C’est bizarre tout de même à Londres, toutes les belles femmes que je rencontre sont célibataires et tous les hommes qui sont à peu près intéressants sont mariés. Enfin ceci est un autre sujet.
Donc la première fois que j’ai eu affaire à un homme marié c’était il y a un an. J’étais en voyage d’affaire dans un salon professionnel et Jambon, un australien enrobé qui passait par là avait sur son badge le nom d’une entreprise de mon secteur que je n’ai jamais réussi à entrer en contact.
Forcément, je l’accoste lui demandant s’il connaît notre entreprise et produit. Jambon me répond alors qu’il doit aller en séminaire et qu’il repassera plus tard. Réponse typique des hommes bien placés dans ces grosses boîtes qui se font accrocher de partout. C’est pas grave me dis je, je finirai bien par le choper celui là, tôt ou tard. Quelques heures plus tard, alors que je rodais à la recherche d’un gros poisson, je revois Jambon, seul. Bon, cette fois il ne faut pas que je le rate…
Lyne : alors quelle excuse allez vous me trouver cette fois pour ne pas m’accorder 5 petites minutes?
Jambon, souriant béa : euh… aucune!
C’est fait, Jambon me suis, et je lui fais tout mon blabla de vendeuse mais me rends compte que bien que Jambon soit certes bien placé, il ne l’est nullement dans le département qui m’intéresse alors j’arrête le blabla et le remercie pour son temps. Sauf que là Jambon ne veut plus partir, il commence à me faire la discussion, mais moi je n’ai pas le temps. Je suis ici pour rencontrer un maximum de gens dans le cadre de mon travail, pas pour me faire des amis. Je discute dix minutes avec lui par politesse avec lui, mais en fait je l’écoute plus qu’autre chose : Jambon est un incontinent verbal et surtout un vantard… bien joué Lyne. Je vois des gens regarder mon stand et j’en profite pour m’excuser auprès de lui puis accoster aux passants, ma conscience professionnelle étant irréprochable et ça, il peut le comprendre. Il se retire enfin me disant qu’il y a un pot de fin de journée dans la pièce principale et qu’il espère m’y voir plus tard.
Sauf que voilà, cinq minutes après, il revient avec deux coupes me disant qu’il n’y a encore personne au banquet et qu’il a pensé à moi seule, à mon stand. Oulah me dis je, je sens que celui va être collant celui-là… et donc c’est reparti pour un monologue où Jambon me vante sa carrière, sa belle maison en Suisse et tout l’argent qu’il a fait… Ensuite, il enchaîne sur l’art et la littérature, ce qui rends ce monologue moins pénible vu que j’y apprenais quelque chose et j’ai quand même été agréablement surprise de constater que Jambon avait une sensibilité artistique ce qui l’a un peu remonté dans mon estime. Mais bon, on ne devait pas non plus rater le pot à coté car c’est l’occasion pour moi de faire du networking, et je suis là pour ça. Je lui suggère donc de nous diriger doucement vers la pièce du fond et j’en profite alors pour le perdre parmi la foule une fois dedans.
Quelques temps après, Jambon qui a du comprendre mon intérêt dans cette conférence me retrouve parmi la foule et me présente à un type d’une grosse boîte pharmaceutique, et celui là, placé où il faut. Nous discutons à trois pendant un moment et en finalement ce fût assez agréable : je découvre que Jambon est assez intelligent et doté d’un certain sens de l‘humour ce qui est assez rare et très appréciable. Nous buvons ensemble quelques verres, puis je me retire car je devais écrire mon rapport de la journée et Jambon commençait à tituber ce qui n’était pas bon signe.
Et depuis il ne m'a plus lâché. Le lendemain il vient à mon stand dès le matin et m’invite à diner, que je refuse poliment prétextant avoir déjà quelque chose de prévu avec des collègues. Il me dit alors que c’est un diner avec deux autres collègues d’une grosse boîte pharmaceutique et qu’il serait intéressant pour moi qu’il me les présente. Bon dans ce cas là c’est différent, et je dis que je vais voir ce que je peux faire. Je laisse passer la journée et le soir, le texte pour lui dire que finalement je peux me joindre à eux. Première erreur de Jambon, il me retexte qu’il vient de sortir de la douche et qu’on se retrouve à 20h dans le lobby de l’hôtel.
Je n’aime pas trop qu’il me précise qu’il sorte de la douche, est ce vraiment nécessaire? Bref je ne trouve pas cela très élégant mais qu’importe, ce type ne m’intéresse pas autrement que pour des motifs professionnels. 20h arrivent, je descends à la réception de l’hôtel et je le vois qui vient à ma rencontre, seul.
Jambon : tu es magnifique Lyne… on y va?
Lyne : mais, où sont tes collègues?
Jambon : ils doivent parler business entre eux et nous rejoindront certainement plus tard.
Alors là j’étais verte! s’il pensait qu’il allait me piéger de la sorte, il se mettait un doigt ou plutôt un pied dans l’œil.
Je n’avais aucune envie d’être captée à quitter l’hôtel en sa compagnie uniquement, qui de plus est un soir et risquer d’être vue en tête à tête avec lui en ville par d’autres professionnels, ça le fait pas. Et là je suis bénie : des collègues de stand voisins sont eux aussi sur le point d’aller diner en ville et je leur saute dessus pour leur demander s’ils connaissant un endroit sympa où aller diner. Et mon plan marche à merveille : ils nous proposent de nous joindre à eux. Jambon était vert, et moi sauvée.
La soirée c’est très bien passée, Jambon est sociable et drôle donc nous avons bien ri à table même si j’ai senti que son pied avait tendance à se perdre un peu sous la table de temps à autre…
Le lendemain matin je suis réveillée par un texto de Jambon qui me dit qu’il n’a pas pu dormir tant il a pensé à moi et que nous devons absolument nous voir avant de quitter la ville. Je lui propose de se voir à l’aéroport et il accepte. Sur place, il me fait une pseudo déclaration que je trouverais mignonne si le type en question n’avait pas une alliance à la main gauche. Donc j’ai été franche, et tout de suite afin d’être tranquille : je lui ai dit que je n'étais pas intéressée autrement qu’amicalement et même si c’était le cas, je ne ferais rien pour ne pas avoir un coup de Karma en retour dans les dents tôt ou tard. En plus pour tout vous avouer, c’est pas très difficile car certes, il est très sympa mais bon rien de quoi me mettre dans tous mes états non plus.
Mais Jambon, il est du genre tenace: depuis ce jour, il m'envoie régulièrement des emails, m'appelle de temps à autre me disant qu'il pense à moi tout le temps, me donne des contacts clientèle à prospecter et des tuyaux dans l’industrie, et m’envoie aussi des vidéos sur youtube assez rigolotes je dois avouer, ce qui me divertit et que je trouve agréable. Il s'arrange aussi pour venir à Londres dès qu'il peut et m'a proposé plusieurs fois d'aller à Bâle là ou il habite et travaille, que j'ai toujours esquivé habilement. Mais c’est un vicieux Jambon, il n’est pas assez subtil pour moi et l’erreur impardonnable qu'il a faite justement, c'est un jour de m'inviter au restaurant alors qu'il était en déplacement à Londres. Il n’a pas voulu me dire où nous nous rendions, et une fois dedans, je me rends compte que c’en est un du type bien trendy qui coûtent un oeil. Ça m’a mis mal à l’aise car je ne voulais pas diner dans un endroit hors de prix avec quelqu’un qui ne m’invite pas par pur plaisir.
D'habitude, quand je ne suis pas intéressée, je propose de partager l’addition car cela garde les distances et à cet effet, nous choisissons ensemble l’endroit. Sauf que là, j'étais piégée, je ne voulais pas diviser une addition de plus de 200 euros pour une paire d'amuse bouches, une soupe et quelques verres de vin!!! Donc je n'ai pas bronché quand il a sorti le portefeuille, tant pis mais j’étais assez mal à l’aise et je sentais que je devrais au moins l’embrasser, beurk! Pour compenser toutefois, je lui ai offert un digestif au bar de son hôtel afin qu’il dorme bien quand même et suis rentrée chez moi en lui faisant un gros bisou sur la joue. Le lendemain, il voulait absolument me revoir, comme il a insisté comme un fou, j’ai accepté me disant que ça serait l’occasion pour moi de l’inviter à diner à mon tour pour ne pas me sentir redevable en rien.
Nous sommes allés à un pub très bien près de chez moi. Je n'ai pas eu le temps d'offrir ma tournée qu'il commence à me dire qu'il aimerait savoir ce que jattends de lui, et je lui dis "rien à part ton agréable compagnie et ça je te l’ai déjà dit" sur quoi il enchaîne que le restaurant la veille était assez cher... Quel toupet! En m'emmenant dans ce genre de restaurant bien sûr qu'il allait y laisser un oeil, mais de là à me le reprocher car ensuite, je n'ai pas couché avec lui j'ai trouvé ça vraiment insultant.
Je n'ai pas relevé puis suis allée commander les boissons et les repas. Il me rejoins en me disant que je ne dois pas me sentir obligée de payer car il a de l'argent. Et hop une fois de plus il m'insulte. Moi aussi j'en ai, mais je n'ai pas envie de le partager avec n'importe quel blaireau. Bref, cela m'a coupé l'appétit et j'ai décidé de ne plus commander à manger pour moi. Il était gêné de manger tout seul mais rien à faire : je ne partage pas un repas avec un sale porc de son genre. Une fois terminé, je me suis levée, lui ai gentiment dit au revoir et suis rentrée chez moi. Je ne lui devait plus rien et je ne voulais plus entendre parler de lui.
Sauf qu’il continue à m’envoyer des emails suggestifs, avec des sujets tels qu’une recherche montrant que les australiens sont les meilleurs amants du monde… auxquels je n’ai pas répondu. Du coup il m’a carrément appelé à mon travail de l’aéroport avant de partir en Australie il y a quelque jours pour savoir si j’allais bien. Je l’ai envoyé balader car c’est inapproprié et en retour il m’a envoyé un email d’excuses accompagné d’une liste entière de contacts et de tuyaux de l’industrie.
Pauvre Jambon, je lui ai pourtant bien dit que je n’étais pas intéressée, mais il ne lâche rien. Je sais bien qu’il n’en a qu’après mon derrière donc je mets les distances, je suis franche et parfois dure, mais au lieu de le faire fuir, ça l’excite. Alors bon, au final je me dis que si ça lui fait du bien que je joue la « hard to get » pourquoi pas vu qu’au moins il joue le coopératif en me filant des contacts.
Et c’est justement parce qu’il fait tout cela que jamais rien ne se passera entre nous. D’abord, si un type pense qu’il puisse avoir mon corps avec un restau, c’est la pire insulte qu’il puisse me faire. Un homme dont j’ai envie, je lui donnerai mon corps pour d’autres raisons que celles généralement acceptées dans notre société, à savoir un repas surtout cher car au final à mes yeux, ça en revient à mettre le prix fort pour être sur d’avoir mes faveurs et je ne suis pas une putte, mon corps ne s’achète pas il se conquier!! En outre, s’il veut me donner ces contacts business, pas de problème et je le remercierai à chaque fois, mais s’il veut ne plus m’en donner libre à lui. Pour moi recevoir ce type d’information de sa part est sur un plan purement professionnel donc s’il espère mélanger business et vie privée avec moi, encore une fois il a tout faux.
Donc ma décision c’est de plus jamais de diner avec lui, et vais devoir d’ailleurs penser à un plan esquive pour Octobre, quand nous nous reverrons à la même conférence que l’an dernier : en effet je n’ai pas envie qu’il me colle de trop. Avez-vous des idées?
Par Lyne Achevez, Samedi 19 Juillet 2008 à 21:15 GMT+2 dans Accueil (article, RSS)






